L’injustice génétique dans les maladies hépatiques



Affiche 79th European Atherosclerosis Society (EAS) Congress - DR

« L’injustice génétique dans les maladies hépatiques » par le Docteur Erard de Hemricourt.N’en déplaise à Monsieur de Robespierre, le principe d’égalité tant chéri n’existe pas au sein de la population humaine. Et il n’est pas question ici d’égalité sociale, d’égalité des richesses ou face à l’emploi. Il est question tout simplement d’égalité face à la maladie.

Sinon, comment expliquer que certaines personnes développeront un cancer du poumon à l’âge de 40 ans en ayant commencé à fumer à 18 ans et que Winston Churchill ait pu allègrement vivre jusqu’à l’âge vénérable de 90 ans tout en consommant régulièrement alcool (les mauvaises langues diront jusqu’à un litre de whisky par jour tout de même) et une dizaine de cigares quotidiennement.

Non, en effet, nous ne sommes pas égaux face à l’adversité de telle ou telle maladie. Et la réponse se situe dans nos gènes ou plus précisément dans les millions de variations de petites séquences génétiques qui nous caractérisent.

Ainsi comme l’a très bien expliqué le Professeur Helen Hobbs la semaine dernière à l’occasion de l’EAS 2011 (réunion annuelle de l’European Atherosclerosis Society qui s’est tenu à Gothenburg), tous les patients obèses ne développeront pas de complications chroniques du foie telles que stéatose, fibrose ou cirrhose. Seulement 10 à 20 % des individus sont à risque d’évoluer vers la destruction définitive du foie. Mais pourquoi ?

Il faut, ici, rappeler, que l’obésité reste une maladie systémique majeure de notre société et de notre époque avec des répercussions bien connues sur le système cardiovasculaire mais qui, à plus long terme, se révèle être un facteur de risque important et bien prouvé de certaines maladies cancéreuses.

L’obésité peut aussi dans un petit nombre de cas se compliquer de problèmes hépatiques plus ou moins graves, allant de la stéatose jusqu’à la fibrose et la cirrhose.

Or, les recherches récentes révèlent que les individus ayant une variation d’un gène particulier, le gène PNPLA3 (ou adiponutrine) présentent un risque beaucoup plus important de complications hépatiques à long terme.

C’est le cas pour les problèmes hépatiques liés à l’obésité, mais ce l’est également face aux infections chroniques du foie. Et justement, une équipe de chercheurs belges de l’Hôpital Erasme vient de publier une étude qui prouve l’inégalité génétique des malades porteurs du virus HCV (virus de l’hépatite de type C).

Selon cet article (Eric Trépo et al. Impact of PNPLA3 (rs738409 C>G) polymorphism on fibrosis progression and steatosis in chronic hepatitis C. Hepatology, 2011; DOI: 10.1002/hep.24350), les malades ayant une variante particulière de leur gène PNPLA3 présentent un risque majeur de développer des complications telles que stéatose ou fibrose hépatique.

Cet élément est essentiel puisque selon les études épidémiologiques, seuls 20 % des malades infectés par le HCV iront jusqu’au stade terminal de la cirrhose. Il serait donc possible grâce à la génétique de déterminer bien à l’avance qui parmi les malades infectés par le HCV est le plus à risque d’évoluer vers la cirrhose.

Docteur Erard de Hemricourt pour News Santé ©2011 – Tous droits réservés