Testostérone et maladies cardiovasculaires chez l’homme : que faut-il en penser ?



« Testostérone et maladies cardiovasculaires chez l’homme : que faut-il en penser ? » par le Docteur Erard de Hemricourt. D’un point de vue cardiovasculaire, les études scientifiques nous montrent clairement que l’homme est en avance sur la femme. Ne vous méprenez pas ! Ce qu’il faut comprendre par cette phrase, c’est que les hommes développeront des lésions coronaires symptomatiques beaucoup plus précocement et plus vite que les femmes, en moyenne 10 ans plus tôt.

Historiquement, les scientifiques pensaient que c’étaient les hormones féminines en surabondance qui protégeaient les femmes. Cette conception était par ailleurs utilisée pour expliquer l’augmentation rapide et importante des problèmes cardiovasculaires chez la femme ménopausée.

Or, l’application du traitement hormonal de substitution utilisé au départ pour contrer les manifestations désagréables de la ménopause a montré tout le contraire : une augmentation des problèmes cardiovasculaires et des phénomènes thrombotiques (thrombose veineuse, embolie pulmonaire).

Parallèlement à cela, les études de suivi des patients traités par privation androgénique (soit par castration chimique soit par castration chirurgicale) dans le cadre d’un cancer de la prostate révélèrent un aspect étonnant du traitement : certaines études montraient une augmentation nette et importante des événements cardiaques majeurs chez les patients bénéficiant d’une privation androgénique. Cela pouvait aller jusqu’à une augmentation des maladies coronariennes ou à une élévation du risque de développer un diabète de type II.

De plus, certains chercheurs avaient même décrit un doublement de la mortalité cardiovasculaire sur une durée de 10 ans chez les patients âgés de plus de 65 ans traités par castration anti-androgénique.

Le coupable idéal était tout désigné : la testostérone !

De plus, les études sur l’animal nous montrent qu’au plus la fraction active de testostérone est réduite, au plus le développement de l’athérosclérose s’accélère. Et comme le taux de testostérone diminue physiologiquement avec l’âge, C.Q.F.D.

Mais comme toujours, tout n’est pas aussi évident dans le monde médical et les raccourcis intellectuels a priori logiques peuvent rapidement conduire au précipice. C’est ce qui a été mis en évidence lorsque certains médecins ont voulu tester l’administration thérapeutique de testostérone (chez l’animal et ensuite chez l’homme) dans le but d’élever artificiellement le taux sanguin d’hormone mâle circulante et d’observer les éventuels bénéfices à long terme.

Des résultats publiés récemment furent plus que contrastés : non seulement, l’application de gel de testostérone (pratique classique de la médecine anti-âge) ou l’injection de testostérone ne semble pas fonctionner chez tout le monde mais certains patients traités par testostérone exogène présenteront une augmentation importante d’effets secondaires (Adverse events associated with testosterone administration. NEJM ; 2010 ; 363 : 109-122).

Une méta-analyse récente publiée dans la revue Heart (Endogenous testosterone and cardiovascular disease in healthy men : a meta-analysis. J.B. Ruige et al. Heart. 2011 ; 97 :870-875) a essayé de faire le point sur cette problématique. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’au plus on approfondit le sujet, au plus on s’enfonce dans les contradictions.

Il semble selon plusieurs études que le taux de testostérone endogène circulante et les maladies cardiovasculaires ne présentent aucune association statistiquement significative chez les hommes d’âge moyen. Paradoxalement, il existe bien une association entre un taux abaissé de testostérone et l’importance des maladies cardiovasculaires chez … l’homme âgé. Par contre, la plupart des études passées en revue ne montrent aucun intérêt clinique à supplémenter l’homme âgé en testostérone exogène. Aucun avantage et aucun désavantage. Match nul.

Alors, que penser devant ce méli-mélo de données scientifiques ? Pour l’instant, la communauté scientifique semble nager en eaux troubles et il faudra encore du temps et de nombreuses études expérimentales et cliniques pour répondre aux nombreuses interrogations que se posent la plupart des gériatres, les cardiologues ou autres spécialistes en médecine anti-âge.

Docteur Erard de Hemricourt pour News Santé ©2011 – Tous droits réservés
Photo : Structure chimique de la testostérone- Crédit : © User:Edgar181 – Domaine public