La consommation d’antibiotiques reste trop forte



L’Afssaps publie un rapport sur la consommation des antibiotiques en France, portant sur la dernière décennie (1999-2009). Ce bilan montre que les campagnes d’information concertées des institutions ont permis de revoir à la baisse (- 16%) la consommation française depuis 10 ans.

Bien qu’il s’appuie sur des données purement quantitatives, ce rapport met aussi en évidence quelques signes préoccupants, tels qu’une tendance à reprise de la consommation depuis 2005, un faible nombre de nouvelles molécules et un recours accru à certaines classes d’antibiotiques, qu’il conviendrait de préserver.

Dans un contexte de progression des résistances bactériennes, cet éclairage précis des caractéristiques et des évolutions de la consommation d’antibiotiques justifie la relance d’une politique de maîtrise de l’antibiothérapie, notamment dans le cadre du nouveau Plan national antibiotiques, qui va être mis en place par le ministère.

Dans le cadre des différentes actions qu’elle mène pour encadrer l’utilisation des antibiotiques, l’Afssaps publie un rapport, intitulé Dix ans d’évolution des consommations d’antibiotiques en France (21/06/2011) application/pdf (1038 ko) , élaboré à partir du recueil des données de ventes dont elle dispose et des données de remboursement de l’Assurance Maladie (CNAMTS).

Une consommation française à la baisse depuis 10 ans, mais en légère augmentation depuis 2005

En 2009, 157 millions de boîtes d’antibiotiques ont été vendues en France, représentant un chiffre d’affaires de 852 millions d’Euros. La médecine de « ville » concentre 87% du nombre de boîtes vendues et 80% du chiffre d’affaires total. Sur les dix dernières années, la baisse de consommation des antibiotiques se situe globalement à 16%. Ce mouvement de baisse, observé tant en ville qu’à l’hôpital, a surtout été sensible au cours des cinq premières années, car une légère tendance à la reprise s’est dégagée depuis 2005. Si la réduction des ventes d’antibiotiques en ville, entre 1999 et 2009, est la plus importante observée en Europe, la France reste nettement au-dessus de la moyenne européenne et se classe parmi les pays présentant la plus forte consommation.

Peu de molécules innovantes

Le nombre de substances actives antibiotiques disponibles diminue régulièrement, alors que l’arrivée de nouvelles molécules est très faible. Cette situation est particulièrement préoccupante car l’appauvrissement progressif de l’offre restreint l’éventail des solutions de recours (antibiotiques dits « de réserve »). En pratique, les médecins sont déjà confrontés à des infections susceptibles de menacer le pronostic vital des patients par manque d’antibiotiques efficaces.

Des choix thérapeutiques à optimiser

L’analyse des différentes classes d’antibiotiques disponibles, montre qu’en ville comme à l’hôpital, la consommation a diminué dans de nombreuses classes. Elle a néanmoins augmenté à l’hôpital pour des antibiotiques de réserve (tels que les carbapénèmes et la colistine) et en ville, par exemple pour l’association amoxicilline + acide clavulanique, les céphalosporines de 3ème génération et les quinolones. Or, ces deux dernières classes sont particulièrement concernées par l’émergence de bactéries multi-résistantes aux antibiotiques[1] (entérobactéries sécrétrices de carbapénémases et de bêta-lactamases à spectre étendu) Ceci souligne la nécessité de sensibiliser les prescripteurs à distinguer les antibiotiques de première ligne des molécules dont l’utilisation doit impérativement être limitée.

Au total, ce rapport indique que des résultats positifs ont été enregistrés, démontrant ainsi que les habitudes de prescription et le comportement du public peuvent être efficacement infléchis. Toutefois, la situation française est loin d’être satisfaisante et souligne la nécessité de renforcer les efforts de moindre usage, en cohérence avec le Plan national pour préserver l’efficacité des antibiotiques.

[1] Consulter le Dossier Emergence des bactéries multi-résistantes -Importance renforcée du bon usage des antibiotiques Novembre 2010

Crédit/Source : Afssaps