Dépression et prédisposition génétique



« Dépression et prédisposition génétique » par le Docteur Erard de Hemricourt. Selon une étude anglo-américaine, une modification de certaines séquences génétiques situées au sein du chromosome n° 3 pourrait être à la base de la dépression nerveuse. Il s’agirait ainsi de la première preuve concrète d’une origine génétique face à cette maladie.

Les chercheurs du King’s College de Londres et de l’Université de Washington viennent de publier leurs résultats dans la revue de psychiatrie américaine (Genome-wide association study of major recurrent depression in the U.K. population. Cathryn M. Lewis et al. Am. J. Psychiatry. 2010 ; 167 : 949-957).

On connaissait déjà la forte connotation familiale dans la transmission de cette maladie puisqu’on estime que dans 30 à 40 % des cas, une origine familiale peut être mise en évidence. Ce qui innove ici, c’est le constat identique de la part de deux équipes scientifiques ayant pris des chemins détournés pour arriver au même résultat.

L’équipe anglaise s’est attelée à étudier sur une période de 10 ans un total de 800 familles présentant des cas de dépression récidivante. L’équipe américaine a quant à elle analysé la dépression et le tabagisme au sein de nombreuses familles situées en Finlande et en Australie. Les deux études se sont déroulées de manière totalement indépendante sans aucune liaison ni aucune interférence l’une par rapport à l’autre.

Ces études dites pangénomiques avaient pour but final la comparaison et la confrontation des séquences génétiques contenues au sein des 46 chromosomes provenant de l’ensemble des patients inclus dans les deux travaux.

Ce qui est remarquable, d’après le Dr Breen, l’un des auteurs de l’article, c’est de constater que les deux groupes sont parvenus au même résultat. En effet, les deux études ont pu montrer qu’il existait une variation répétée au sein du chromosome 3 liée à la présence de la dépression nerveuse au sein des familles.

Les chercheurs ne sont pas parvenus à identifier le gène exact mis en cause mais grâce aux résultats de cette étude, ils en ont formidablement restreint le champ d’investigation. Il suffira désormais d’éplucher les quelques dizaines de gènes situés au sein de la région incriminée du chromosome 3 pour tenter de comprendre le mécanisme biochimique à la base de la dépression.

Toujours d’après le Dr Breen : « bien que cette découverte ne constitue pas en soi un test de dépistage de la maladie, cela nous aidera à cibler les gènes spécifiques qui pourraient être altérés en cas de dépression. Il ne faut pour autant pas espérer des traitements efficaces avant une période de 10 à 15 ans ».

Et selon un autre chercheur, le Dr Mc Gruffin : « ces informations sont capitales car jusqu’à présent, très peu voire aucune région du génome n’était clairement désignée comme pouvant être un élément de risque de la dépression. Il nous faut toutefois reconnaître que notre découverte ne représente qu’une petite portion du risque génétique de la dépression et d’autres études plus importantes seront nécessaires pour apporter un éclairage complet sur cette maladie ».

Docteur Erard de Hemricourt pour News Santé ©2011 – Tous droits réservés
Crédit photo: ©The American Journal of Psychiatry – Official Journal of the American Psychiatric Association – couverture Mai 2011