Pourquoi certains patients diabétiques ne développeront jamais de complications



« Pourquoi certains patients diabétiques ne développeront jamais de complications » par le Docteur Erard de Hemricourt. Tous les patients diabétiques le savent bien. Qu’ils souffrent de diabète de type I ou de type II, il leur faut constamment assurer un contrôle strict de leur glycémie. Sinon, comme le répètent leurs médecins, ils sont à risque de développer au long cours toutes les complications fréquemment observées telles que rétinopathie, néphropathie, neuropathie ou atteinte cardiovasculaire.

Et pourtant, l’apparition de telles complications n’est pas systématique. Tout d’abord, le délai d’apparition de telles complications peut varier de manière importante entre deux patients diabétiques. Ensuite, certains patients qui développeront des lésions rénales pourraient ne pas souffrir des yeux ou des nerfs.

Afin de mieux cerner cette problématique, des chercheurs américains ont analysé au moyen d’une étude transversale l’apparition de complications chez des patients souffrant de diabète de type I depuis plus de 50 ans. Cette étude, menée au centre de diabétologie Joslin aux États-Unis vient d’être publiée dans le numéro d’avril 2011 du Diabetes Care (Protection From Retinopathy and Other Complications in Patients With Type 1 Diabetes of Extreme Duration. Jennifer K. Sun et al. Diabetes Care. 34 :968-974, 2011).

Comme on le subodorait, l’analyse des données montre clairement qu’il existe une entité parmi les patients diabétiques qui ne présentera jamais aucune des complications classiquement rencontrées au décours du diabète. Comme s’ils bénéficiaient d’une certaine protection métabolique. D’autre part, assez étonnamment, le contrôle strict de la glycémie n’apparaît pas, dans cette étude, comme un facteur protecteur face à la survenue de telles complications.

Comme le signale le Dr King, l’un des auteurs de l’étude : « Cela ne signifie pas que le contrôle glycémique n’aide pas à prévenir les complications de la maladie. De très nombreuses études ont au contraire clairement montré l’avantage d’une glycémie correcte. Dans notre étude, cela signifie seulement qu’il existe d’autres mécanismes, séparés, qui protégeront certains patients et que ces mécanismes n’ont a priori rien à voir avec le taux de glucose relevé dans le sang ».

Cette étude a également montré qu’il existe dans le sang de certains patients des molécules appelées ‘produits de glycation avancée’ (AGE) qui, lorsque présentes, sont associées à un taux de complications beaucoup plus élevé (pouvant aller jusqu’à 700 %) par rapport aux patients n’ayant pas ou peu d’AGE.

Les AGEs sont des substances spécifiques qui apparaissent dans le sang lorsque la glycémie reste anormalement élevée pendant une longue période. Mais tout n’est pas si clair puisqu’il semble exister également d’autres types d’AGE qui auraient, eux, un effet protecteur au long cours.

Toute la question est évidemment de savoir quels AGEs pourraient être utiles en routine clinique afin de prédire suffisamment tôt l’apparition d’éventuelles complications diabétiques.

Docteur Erard de Hemricourt pour News Santé ©2011 – Tous droits réservés

Photo : © Diabetes Care, couverture Avril 2011