Réévaluation des risques posés par les scanners corporels à rayons X



« Réévaluation des risques posés par les scanners corporels à rayons X » par le Docteur Erard de Hemricourt. Nous avions eu l’occasion dans un précédent article d’évoquer des éventuelles atteintes sur la santé liées à l’usage des scanners corporels de contrôle au sein de certains aéroports. À l’époque, les avis restaient mitigés avec d’une part certains scientifiques qui campaient sur leurs positions optimistes et d’autre part des experts qui mettaient en exergue un risque non négligeable pour la santé.

A l’occasion d’une nouvelle étude publiée cette semaine dans la revue Archives of Internal Medicine (Airport Full-Body Screening: What Is the Risk? Pratik Mehta; Rebecca Smith-Bindman; DOI:10.1001), il est intéressant de revenir sur ce sujet controversé avec de nouvelles données.

Les membres de l’équipe du Dr Smith-Bindman du département de radiologie de l’université de Californie à San Francisco, en reprenant les données techniques des fabricants de scanners corporels à rayons X (type ‘backscatter diffusion’), ont pu dériver par extrapolation une estimation des risques à long terme de cancers sur l’organisme.

Pour ce faire, les médecins ont utilisé trois modèles différents : l’effet des rayons X sur des voyageurs occasionnels, l’effet sur des voyageurs assidus (nombreux vols) et finalement l’effet sur des enfants de 5 ans voyageant fréquemment. Les chercheurs ont utilisé ce dernier modèle en raison de la radiosensibilité plus importante rencontrée chez un enfant par rapport à un adulte et d’autre part sur l’espérance de vie plus longue de l’enfant par rapport à l’adulte.

Des résultats de cette étude, il ressort que le risque de cancers induits par l’exposition aux rayons X provenant de ce genre d’appareils reste extrêmement faible, pour autant que ces machines fonctionnent correctement et qu’elles soient utilisées convenablement.

Selon le Dr Bindman, la quantité de radiation délivrée est vraiment faible et ne pose aucun risque notable pour l’organisme. Il n’y a donc pas de soucis à se faire d’après elle. Les scientifiques ont mesuré qu’en moyenne, un voyageur reçoit 100 fois plus d’irradiation durant son vol long-courrier en comparaison de la dose reçue lors du passage sous le détecteur à rayons X.

En effet, une part significative de l’exposition annuelle normale de l’organisme aux rayonnements ionisants naturels est due aux rayons cosmiques provenant en grande partie du soleil. Et, plus on se trouve en altitude (comme par exemple lors d’un vol en avion), plus l’organisme reçoit une dose importante d’irradiation dite naturelle.

D’après le Dr Bindman, un individu devrait passer 50 fois sous un détecteur à rayons X pour recevoir une dose équivalente à celle reçue lors d’une radiographie dentaire, 1 000 fois pour une dose correspondant à une radiographie thoracique et 200 000 fois pour une dose reçue lors d’un scanner abdomino-pelvien.

Seul bémol de cette étude, les médecins, pour réaliser cette étude, se sont basés uniquement sur les chiffres fournis par l’industrie et n’ont pas pu tester directement le fonctionnement de ces appareils, le gouvernement américain n’ayant pas donné cette autorisation.

Sur base des chiffres obtenus par extrapolation, les scientifiques américains ont pu évaluer le risque de cancers radio-induits suite au passage sous ces détecteurs corporels. Sur un modèle théorique comprenant un million de passagers réguliers de vols long-courrier, on obtient le chiffre de 4 cancers additionnels qu’il faut ensuite rapporter à celui de 600 cancers radio-induits des suites de l’exposition aux rayons cosmiques ou simplement aux 400 000 cas de cancers qui seraient survenus de toute façon au sein d’une telle population.

Les Drs Bindman et Mehta ont également évalué le risque des rayons X sur les enfants. Se basant sur un modèle théorique comprenant des enfants de 5 ans voyageant régulièrement une fois par semaine et étant soumis chaque fois au détecteur corporel à rayons X, le risque de cancer radio-induit survenant tout le long de la vie des enfants resterait minime et n’influencerait de toute façon pas le risque global de développer un cancer au cours de l’existence.

En conclusion, cette étude fournit un élément de réponse plutôt rassurant par rapport aux critiques initiales puisque globalement, les rayons X provenant de ces détecteurs n’influenceraient pas le taux global de cancer au sein d’une population générale.

Docteur Erard de Hemricourt pour News Santé ©2011 – Tous droits réservés

Photo: © Archives of Internal Medicine