Que nous réserve la science pour cette année ?



« Que nous réserve la science pour cette année ? (Washington DC : AAAS – 2011) » par le Docteur Erard de Hemricourt. Chaque année, à l’occasion de la réunion annuelle de l’AAAS (American Association for the Advancement of Science) – qui se tient actuellement à Washington DC – le gratin de la science mondiale (mais surtout américaine) est invité à communiquer sur les dernières innovations et découvertes scientifiques importantes qui influenceront notre devenir dans les prochaines années.

Pendant 4 jours, environ 8 000 participants issus de 45 pays assistent à plus de 200 conférences qui touchent des domaines aussi variés que la physique quantique, la génomique, l’astrobiologie, la protection de l’environnement, la médecine personnalisée, etc.

Il n’est évidemment pas possible pour le quidam d’assister à toutes les conférences puisque certaines ont lieu en même temps à plusieurs endroits différents. Il faut donc faire un choix douloureux et sélectionner les sujets les plus passionnants.

Durant cette première journée, plusieurs sujets intéressants ont été évoqués. Les voici, avec quelques explications supplémentaires.

Apports de la médecine personnalisée (Dr Wacholder – NIH. Bethesda):

Grâce aux progrès de plus en plus importants des techniques de séquençage génétique, nous percevons de mieux en mieux l’importance des informations cachées dans notre code génétique, informations qui nous permettent d’établir une stratification des facteurs de risque par rapport à certaines maladies comme les pathologies cardio-vasculaires ou certains types de cancer.

Si l’on prend par exemple le cancer du sein, nous connaissons à l’heure actuelle 20 marqueurs génétiques fortement associés à la survenue de cette tumeur. Ces marqueurs correspondent à des variations de notre code génétique qui peuvent prédisposer certaines personnes à développer ce genre de cancer. La connaissance de ces données nous permettra à l’avenir de cibler plus spécifiquement les femmes qui devront être suivies de près et celles qui au contraire, ne nécessiteront pas de dépistage régulier.

Comment la pharmacogénomique révolutionnera le traitement des patients (Dr Shuldiner – Univ. of Maryland School of Med.) :

Comment expliquer la pharmacogénomique ? Tout simplement en disant que ce procédé permettra (et permet déjà dans certains cas) d’administrer le bon médicament au bon patient au bon moment.

En connaissant les variations génétiques de chacun de ses patients, le médecin pourra décider d’administrer ou de ne pas administrer tel ou tel médicament. La pharmacogénomique permettra au médecin d’anticiper une éventuelle résistance de son patient au traitement ou, pire un risque significatif d’effets secondaires potentiellement importants.

Ainsi, chaque année, plus de deux millions d’effets secondaires médicamenteux sont enregistrés sur le sol américain et environ 100 000 patients meurent des suites d’un tel effet secondaire !

Si l’on prend par exemple le cas du clopidogrel (Plavix®), médicament classiquement administré par le cardiologue après placement de stents intra-coronaires et qui correspond tout de même au troisième médicament le plus prescrit aux États-Unis avec un chiffres de vente approchant chaque année les 4 milliards de dollars, de nombreux patients sont d’emblée résistants à ce traitement anti-thrombotique.

La résistance à ce médicament s’explique en partie en raison d’une variation génétique codant pour la protéine CYP2C19. Jusqu’à 30 % des patients américains (et 50 % des patients asiatiques) présentent cette mutation. C’est cette modification de ce gène qui explique environ 12 % des cas de résistance au clopidogrel. Sachant cela, le médecin pourra à l’avenir décider de ne pas prescrire ce médicament mais de choisir à la place un autre traitement antiplaquettaire (aspirine ou autre molécule antiagrégant) plus efficace.

La pharmacogénomique n’en est qu’à ses balbutiements et les années à venir seront très riches en informations précieuses pour le médecin et les patients.

Inactivation du tamoxifène par certains antidépresseurs (Nikki Schmidt – poster présenté dans le cas des jeunesses scientifiques) :

Le tamoxifène est un médicament anticancéreux utilisé chez certaines patientes souffrant d’un cancer du sein dit hormono-dépendant. Ce médicament est une pro-drogue. Cela signifie qu’il doit être transformé – métabolisé – dans l’organisme du patient pour devenir efficace.

Et cette transformation se fait au moyen d’une protéine appelée CYP2D6. Or, l’on sait depuis quelques années, grâce aux progrès de la biologie moléculaire, que chez des individus prédisposés, certains médicaments peuvent interagir avec le tamoxifène en freinant sa transformation.

Ainsi, certains antidépresseurs appartenant à la famille des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine (paroxétine [Deroxat®], citalopram [Seropram®], fluoxétine [Prozac®], sertraline [Zoloft®]) vont bloquer la CYP2D6 et empêcher l’activation du tamoxifène ce qui mènera à un risque accru de récidives du cancer du sein par carence thérapeutique. Voici une application concrète aux retombées médicales importantes des progrès de la génétique au cours de ces dernières années.

Neuroprothèses et interface cerveau-ordinateur (Dr Andrew Schwartz – Univ. of Pittsburgh) :

Les performances technologiques de ces dernières années ont permis l’essor d’une nouvelle discipline, celle des neuroprothèses. Il s’agit de prothèses tout à fait particulières puisqu’elles sont commandées directement par la pensée via des connexions établies entre le cerveau du patient et l’ordinateur.

Il est ainsi actuellement possible d’enregistrer directement les informations électriques de l’individu, que ce soit au moyen d’un casque spécifique déposé sur le crâne et pourvu de multiples électrodes ou bien directement à la surface du cerveau, au moyen d’électrodes implantées dans le tissu cérébral.

Une fois ces informations électriques neuronales enregistrées et traitées par l’ordinateur, celles-ci seront ensuite transmises directement à la prothèse fixée sur le corps du patient. Ainsi, en pensant à un mouvement particulier, le patient pourra mouvoir sa prothèse électrique comme s’il s’agissait de son propre bras.

NB : Sur la vidéo avec le singe ci-dessous, regardez-bien les deux bras du singe qui restent bloqués durant l’expérience, seule la prothèse électrique bouge et obéit aux ordres du cerveau du singe.


Docteur Erard de Hemricourt pour News Santé ©2011 – Tous droits réservés

Crédit s photos : © Docteur Erard de Hemricourt -réunion annuelle de l’AAAS – Washington