Antihypertenseurs et antibiotiques : attention aux interactions !



« Antihypertenseurs et antibiotiques : attention aux interactions ! » par le Docteur Erard de Hemricourt. Au plus les individus vieillissent, au plus leur consommation de médicaments augmente et au plus le risque d’interactions médicamenteuses devient important avec des complications pouvant parfois aller jusqu’au décès du patient.

Et ce n’est pas cette dernière analyse qui viendra contredire cet état de fait. L’équipe du Dr David Juurlink de l’université Sunnybrook de Toronto au Canada vient de publier une vaste étude reprenant les données de plus d’un million de Canadiens traités par inhibiteurs calciques au cours de la période 1994-2009.

Cette étude, publiée tout récemment dans la revue ‘Canadian medical association journal’ (The risk of hypotension following co-prescription of macrolide antibiotics and calcium-channel blockers. Alissa J. Wright et al. ; CMAJ, January 17, 2011DOI : 10.1503 / cmaj. 100702) a analysé l’interaction potentielle entre deux classes de médicaments différentes, les inhibiteurs calciques qui correspondent à des antihypertenseurs largement prescrits au sein de la population âgée et certains antibiotiques appartenant à la famille des macrolides tels que l’érythromycine ou la clarithromycine. Les macrolides font partie des antibiotiques le plus prescrits dans le monde face à une infection bactérienne.

L’équipe des médecins canadiens a donc revu les dossiers de plus d’un million d’individus âgés de plus de 65 ans qui étaient traités chroniquement par des inhibiteurs calciques dans le cadre d’une hypertension artérielle. Ils ont ensuite comptabilisé, au sein de cette population, le nombre d’hospitalisation en urgence, pendant cette même période, pour prise en charge d’une hypotension grave ou d’un état de choc hypotensif.

Il apparaît que sur la période étudiée, 7 100 patients avaient été admis aux urgences dans une situation d’hypotension. Parmi ces cas, 176 patients avaient pris au préalable un antibiotique de la famille des macrolides. L’un de ces antibiotiques le plus connu, l’érythromycine, présente la faculté d’inhiber une enzyme spécifique du foie qui intervient dans la dégradation des inhibiteurs calciques, le cytochrome P450-3A4, ce qui multiplie par 6 le risque d’hypotension.

Un autre antibiotique, la clarithromycine augmente quant à lui le risque par un facteur 4. À l’inverse, un autre macrolide, l’azithromycine ne présente aucune activité sur l’enzyme hépatique et n’influence donc pas le risque hypotensif.

Les chercheurs connaissaient ce type d’interaction antihypertenseur/antibiotique mais ils ignoraient l’importance de ce phénomène et l’importance du risque hypotensif en cas d’administration conjointe des deux médicaments.

Selon le Dr Juurlink, même s’il est fort difficile de quantifier de manière absolue le risque d’une hypotension grave, il semble que la probabilité que cela se produise reste très faible. Néanmoins, il précise qu’il s’agit d’un risque connu et donc potentiellement évitable, pour autant qu’il existe, dans ce cas de figure, une alternative avec l’azithromycine.

Toujours selon ce chercheur : « les médecins devraient connaître le risque et savoir quoi prescrire dans cette situation ». Et de préciser : « le risque se majore avec l’âge, les patients jeunes sont en meilleur état pour supporter toute complication hypotensive. De plus, l’érythromycine comme la clarithromycine peuvent également interférer avec le métabolisme des statines – médicaments anti-cholestérol – ce qui pourrait ici aussi décupler l’effet des médicaments et surtout leurs effets secondaires sur les tissus musculaires ».

Docteur Erard de Hemricourt pour News Santé ©2011 – Tous droits réservés