L’effet yo-yo ou comment prévoir l’échec des régimes



« L’effet yo-yo ou comment prévoir l’échec des régimes » par le Docteur Erard de Hemricourt. Après plusieurs semaines de bombance et de libation importante liées aux événements festifs de cette fin d’année, de nombreuses personnes voient leur poids franchir dangereusement le rubicond. Vient alors la douloureuse question de savoir ce qu’il faut faire pour perdre tous les bourrelets disgracieux et les kilos trop facilement accumulés.

Il n’est pas rare de constater chez certaines personnes un gain rapide de plusieurs kilos lié aux excès alimentaires. Le problème, bien connu de chacun, est qu’il est beaucoup plus facile de prendre du poids que d’en perdre. Et même si on perd ses amas graisseux, le plus dur est de conserver le cap en stabilisant son poids.

Malheureusement, il s’agit pour la plupart des individus d’un vœu pieu puisqu’on observe trop régulièrement un effet en dent de scie lié à la perte et à la reprise immédiate des kilos. Pour décrire ce phénomène, les scientifiques emploient le terme « effet yo-yo ».

Mais comment prévoir cet effet yo-yo et prédire ceux qui en souffriront le plus. C’est à cette question qu’une équipe de chercheurs de l’université de Santiago en Espagne a essayé d’apporter un élément de réponse.

Le Dr Ana Crujeiras et son équipe ont étudié l’influence de diverses hormones liées à l’appétit sur la reprise pondérale après régime alimentaire. Pour ce faire, les médecins espagnols ont imposé à un groupe de patients en surpoids ou présentant une obésité franche un régime hypocalorique strict (apport calorique réduit de 30 %) durant une période de 8 semaines. Ces mêmes patients ont ensuite été réévalués 32 semaines après l’arrêt du régime.

Au cours du suivi, les scientifiques ont mesuré le taux sanguin de certaines hormones connues pour être modulées par l’appétit (leptine et ghréline) ainsi que le taux d’insuline. À la fin de la période de régime de 8 semaines, les participants avaient perdu en moyenne 5 kg. Cette perte pondérale s’accompagnait également d’une réduction du taux de leptine et d’insuline tandis que le taux de ghréline n’était pas modifié.

Huit mois après la fin du régime, les patients ont été réexaminés. Un certain nombre d’entre eux avait effectivement repris une partie des kilos perdus. Les chercheurs espagnols ont alors confronté ces données avec les taux d’hormones prélevées au temps 0, 8 et 32 semaines afin de déceler un éventuel lien caché.

Les scientifiques ont découvert que les patients qui avaient repris plus de 10 % de la masse initialement perdue présentaient dès le départ un taux de leptine élevée. Et ce taux restait élevé pendant toute la durée du régime. Ce n’était par contre pas le cas pour le taux de ghréline ou d’insuline.

D’après les auteurs de l’étude (Weight Regain after a Diet-Induced Loss Is Predicted by Higher Baseline Leptin and Lower Ghrelin Plasma Levels. Ana B. Crujeiras et al. Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism, 2010; DOI:10.1210/jc.2009-2566), cette information, si elle est confirmée, pourrait être exploitée afin de cibler les individus à risque de reprise de poids en leur proposant, par exemple, une forme modifiée de régime alimentaire : « les nutritionnistes devraient élaborer un programme diététique spécifique en fonction des taux de leptine et de ghréline mesurés dès le départ ce qui aurait comme avantage de réduire au maximum tout effet yo-yo potentiel ».

Docteur Erard de Hemricourt pour News Santé ©2011 – Tous droits réservés

Crédit photo : ©Bill Branson, National Cancer Institute