Guérison du sida : gardons nous de tout optimisme excessif…



« Guérison du sida : gardons nous de tout optimisme excessif  » par le Docteur Erard de Hemricourt. Pour la première fois dans l’histoire de la médecine, un cas avéré de guérison chez un malade atteint du SIDA a pu être constaté chez un patient allemand qui avait par ailleurs été traité par une greffe de cellules souches hématopoïétiques dans le cadre d’une leucémie aiguë myéloblastique.

S’il s’agit du premier cas de guérison réelle face à la maladie virale, il faut toutefois se garder de tout optimisme excessif devant l’histoire peu banale de ce patient. Ce patient berlinois, âgé à l’époque (en 2007) d’une quarantaine d’années souffrait du SIDA depuis une dizaine d’années. La maladie était par ailleurs stabilisée sous l’action d’un traitement antiviral classique. En 2007, ce patient a présenté une leucémie myéloblastique aiguë qui a nécessité une prise en charge par chimiothérapie à haute dose dans le but d’éradiquer toutes les cellules cancéreuses du sang et de la moelle osseuse (cellules blastiques).

Afin de consolider cette chimiothérapie, le Dr Hütter et son équipe qui s’occupaient du patient ont eu l’idée intéressante de faire d’une pierre deux coups en éliminant à la fois toutes les cellules tumorales et toute trace du virus HIV. Pour ce faire, ils ont procédé à une chimiothérapie de très haute dose dite myéloablative associée à une radiothérapie dans le but de détruire complètement la moelle osseuse du patient et de procéder ensuite à une greffe de moelle osseuse/cellules souches provenant d’un donneur compatible.

Cette compatibilité ou plutôt histocompatibilité (basé sur le système HLA) repose sur des caractéristiques antigéniques communes qui permettent à l’organisme receveur de ne pas présenter de phénomène de rejet vis-à-vis des cellules du donneur. Les scientifiques allemands ont eu l’idée de prélever les cellules souches hématopoïétiques non seulement chez un donneur histocompatible mais également chez une personne qui présentait une mutation bien spécifique rendant le passage du virus HIV au sein des lymphocytes T/CD4 très difficile voire quasi impossible.

Après une longue recherche, ils ont finalement trouvé cette personne qui présentait donc la mutation CCR5delta32 qui porte sur la structure d’une protéine membranaire dite CCR5. Cette protéine étant mutée, la porte d’entrée du virus HIV reste définitivement fermée et procure une certaine résistance des individus face au virus.

Après avoir été greffé une première fois, le patient allemand a présenté une première rechute ayant nécessité la reprise d’un traitement chimiothérapique à très haute dose avec réinjection de cellules souches du même donneur. À l’occasion de cette rechute, des prélèvements tissulaires avaient été réalisés dans divers organes afin de vérifier la présence ou non du virus HIV au sein du patient.

Trois ans après avoir reçu la deuxième injection de cellules souches hématopoïétiques histocompatibles, le patient berlinois se porte bien et est non seulement en rémission de sa leucémie aiguë mais ne présente également plus aucune charge virale HIV décelable au sein de ses lymphocytes. Les anticorps anti-HIV restent depuis lors constamment indétectables. Les divers prélèvements tissulaires réalisés lors de la première rechute à l’époque montraient déjà une disparition significative du virus HIV.

Ne prenant plus de traitement antiviral depuis trois ans, le patient a officiellement été déclaré guéri du SIDA et les résultats viennent d’être publiés dans la revue de médecine Blood du mois de décembre 2010 (Evidence for the cure of HIV infection by CCR532/32 stem cell transplantation. Kristina Allers et al. Blood. December 8, 2010; DOI 10.1182/blood-2010-09-309591).

Devant la portée significative de cette première guérison annoncée, de nombreuses personnes et en particulier les malades souffrant du SIDA, dans une certaine bouffée d’optimisme bien compréhensible, pourraient se dire qu’il s’agit d’une avancée médicale très encourageante et il s’agit en effet d’un progrès indéniable mais qui ne pourra pas, malheureusement, être appliqué à tout le monde.

Il est important de bien garder en tête les différentes étapes thérapeutiques, souvent très lourdes, qu’a dû subir le patient allemand pour arriver au stade de la guérison. Il est à l’heure actuelle impensable de proposer ce genre de traitement très lourd (chimiothérapie et radiothérapie) aux patients souffrant du SIDA dans le but d’éliminer leur maladie et d’éradiquer leur charge virale. Les risques liés au traitement dépasseraient simplement de loin tout bénéfice potentiel.

Article rédigé par le Docteur Erad de Hemricourt pour News Santé ©2010 – Tous droits réservés