Quand les paralysés remarcheront …



« Quand les paralysés remarcheront … » par le Docteur Erard de Hemricourt. S’il est bien un domaine de la médecine où les progrès sont examinés avec le plus vif intérêt, c’est celui de la médecine réparatrice et son implication dans la prise en charge des accidents de la route entraînant une paralysie post-traumatique (paraplégie ou tétraplégie).

Pour ceux qui ont côtoyé les victimes de ces accidents, il est très pénible de constater que ces personnes doivent complètement réapprendre à (re)vivre avec leur handicap ce qui occasionne des douleurs tant sur le plan physique que moral non seulement pour la victime elle-même mais également pour son entourage proche.

Et pourtant, comme il est coutume de le rappeler (surtout dans le domaine médical), l’espoir fait vivre. Plus particulièrement à notre époque où les découvertes biologiques et autres avancées technologiques s’enchaînent à une vitesse telle qu’elles en viennent à bouleverser notre horizon scientifique.

Ces dernières semaines, plusieurs faits marquants ont été dévoilés dans la presse scientifique. Quatre de ces faits semblent marquer un tournant important dans la prise en charge des lésions de la moelle épinière.

Tout d’abord, dans le domaine de la robotique, mentionnons l’exosquelette Rewalk de la compagnie israélienne Argo Medical Technologies qui permet au paraplégique de se remettre debout et de remarcher (cf. vidéo). Cet exosquelette vient tout récemment d’obtenir l’autorisation de commercialisation sur le territoire américain par la FDA. Le Rewalk sera dans un premier temps disponible (dès le mois de janvier 2011) au sein des institutions hospitalières spécialisées dans la prise en charge des traumatisés de la route et autres centres de rééducation.

Récemment, des progrès substantiels ont été enregistrés dans le domaine de la neurostimulation spinale. L’équipe du Dr Reggie Edgerton de l’Université de Los Angeles en Californie, au moyen d’efforts soutenus, est parvenue à fabriquer un « pont neuronal » fonctionnel qui permet, au moyen d’électrodes spécifiques, de véhiculer un signal électrique d’un côté de la moelle épinière abîmée vers son autre versant. Le procédé utilisé se base sur la transmission de certains arcs réflexes qui contrôlent en grande partie le mouvement des pattes chez le rat. Les derniers résultats de ce pontage neuronal sont assez encourageants car, au moyen de ce système, une partie des mouvements normalement observés lors de la marche a pu être récupérée chez les animaux dont la moelle épinière avait été sectionnée.

Cependant, certains esprits critiques diront (à juste titre) qu’un rat n’est pas l’homme et que du fait de l’éloignement phylogénétique entre nos deux espèces, les progrès observés chez cet animal ne pourront jamais être appliqués chez nous avec d’aussi beaux résultats.

Or cette critique devient caduque devant les résultats d’une équipe japonaise qui a récemment réussi à restaurer la fonction motrice chez un singe paralysé.

Cette équipe, sous l’égide du Professeur Hideyuki Okano, a pour se faire employé des cellules souches pluripotentes induites. Ce type de cellules avait déjà fait l’objet d’un précédent article sur News santé (Des cellules de la peau transformées en cellules sanguines. 10/11/2010). Ces cellules souches constituent un type particulier de cellules qui ont pour particularité de redonner certaines lignées cellulaires.

Après avoir injecté les cellules souches pluripotentes directement dans la moelle épinière lésée de l’animal, les scientifiques japonais ont observé après un délai de seulement quelques semaines une amorce de certains mouvements des membres. Selon le scientifique en charge de l’étude, l’animal avait retrouvé au bout de six semaines sa capacité initiale à sauter. De même, la force de préhension était rétablie à 80%.

Tous ces résultats semblent fort encourageants mais il reste un grand point d’interrogation. Quels seront les résultats lorsque ces expériences seront menées chez l’être humain. Pour le savoir, il ne faudra pas attendre trop longtemps car pour la première fois, une étude chez l’homme a commencé il y a quelques semaines aux États-Unis sous l’égide de la société de biotechnologie Geron, qui, après des mois de bataille avec l’administration américaine, a obtenu l’aval pour débuter un essai thérapeutique sur un premier patient paralysé.

De même, Swissmedic, l’institut suisse chargé de surveiller le marché des produits, vient d’autoriser la réalisation de la première étude clinique de phase I/II pour les lésions chroniques de la moelle épinière. Cette étude, menée par le Dr Armin Curt, aura pour but d’investiguer le rôle des cellules souches neuronales sur les lésions chroniques de la moelle et sera réalisée au sein de l’hôpital universitaire Balgrist de l’Université de Zurich. Cet hôpital étant réputé pour la prise en charge des lésions de la colonne vertébrale. L’étude commencera au début 2 011 avec l’enrôlement des premiers patients.

Docteur Erard de Hemricourt pour News Santé ©2010 – Tous droits réservés