Efficacité de la DHA (oméga-3) en cas d’accident vasculaire cérébral ischémique



« Efficacité de la DHA (oméga-3) en cas d’accident vasculaire cérébral ischémique » par le Docteur Erard de Hemricourt.Chaque année, environ 15 millions d’individus de par le monde présentent un accident vasculaire cérébral (AVC) qui provoque des dégâts cérébraux très souvent majeurs et potentiellement irréversibles. Dans la majorité des cas, l’AVC est de nature ischémique (non hémorragique) et, s’il est pris à temps, pourra être traité efficacement par la technique de thrombolyse qui consiste à dissoudre le caillot sanguin responsable de l’accident.

Malheureusement, il s’agit d’une course contre la montre et seul un nombre restreint d’individus peut bénéficier de ce traitement salvateur. La vaste majorité des patients échappe donc à ce traitement avec à la clé, des séquelles à vie, lourdes sur le plan personnel comme social.

Dans ce contexte, l’équipe du Dr Bazan vient de publier les résultats d’une étude expérimentale concernant l’action neuroprotectrice de la DHA utilisée dans un modèle animal de laboratoire (Docosahexaenoic acid therapy of experimental ischemic stroke. Ludmila Belayev et al. Transl. Stroke Res. DOI 10.1007/s12975-010-0046-0). Après avoir provoqué un AVC de nature ischémique chez le rat, les chercheurs ont administré de la DHA 3, 4, 5 et 6 heures après la survenue des premières lésions.

La DHA, comme l’EPA, est une substance trouvée dans l’huile de poisson. Ces deux molécules font partie des oméga-3. La DHA possède un rôle structurel important puisqu’elle intervient directement dans la fabrication des membranes cellulaires en particulier des neurones et des cellules rétiniennes. Elle possède également une puissante action anti-inflammatoire.

Les lésions apparaissant dans les suites d’une interruption brutale de l’oxygénation cérébrale peuvent être classées en deux groupes : les lésions d’emblée irréversibles (noyau central) et celles qui le deviendront au bout de quelques heures (périphérie). La périphérie de la zone ischémique est communément appelée par les spécialistes ‘la zone de pénombre’. Cette pénombre correspond donc aux cellules et structures qui restent potentiellement récupérables au cours des premières heures post-AVC.

Afin d’évaluer l’efficacité de la DHA, les chercheurs ont utilisé une IRM ultra-puissante (4,7 Teslas) couplée à une analyse microscopique des tissus prélevés. Les clichés obtenus par IRM montraient une réduction nette des dégâts tissulaires après l’administration de la DHA. L’œdème tissulaire était particulièrement réduit. Le volume de la région abîmée était réduit en moyenne de 40% lorsque la DHA était administrée au temps T+3 (3h après l’AVC), de 66% au temps T+4 et de 59% au temps T+6. Une analyse plus poussée a également permis de montrer que l’apport de DHA entraînait la production in loco de neuroprotectine D1 qui correspond à une molécule neuroprotectrice naturelle du cerveau dont la structure dérive de celle de la DHA.

Selon d’anciennes études, certaines victimes d’un AVC peuvent présenter des lésions cérébrales potentiellement récupérables jusqu’à 18h après l’apparition des premiers symptômes. Or, d’après les résultats de l’étude actuelle, la DHA (même après un certain délai) permet non seulement de récupérer une partie des tissus cérébraux qui auraient dû mourir des suites de l’anoxie cérébrale mais de plus, grâce à cette DHA, il est quasi impossible de différencier les zones auparavant endommagées mais entre-temps sauvées du tissu cérébral normal au jour J+7.

Docteur Erard de Hemricourt pour News Santé ©2010