Comment notre organisme se défend face aux cellules voyous



« Comment notre organisme se défend face aux cellules voyous » par le Docteur Erard de Hemricourt. Une équipe constituée de chercheurs australiens et anglais vient de publier dans la célèbre revue Nature (The structural basis for membrane binding and pore formation by lymphocyte perforin. Ruby. H. P Law et al. Nature (2010) doi:10.1038/nature09518) les résultats de leur recherche sur la nature et la structure d’une des molécules les plus importantes pour la défense de notre organisme et de nos cellules en particulier. Cette fameuse molécule appelée perforine est connue depuis de nombreuses années mais sa structure exacte restait un mystère qui vient d’être mis à jour.

Cette molécule est une protéine complexe qui consiste essentiellement en une série de pores (anneaux) qui vont littéralement s’encastrer dans la membrane cytoplasmique de certaines cellules (cellules cancéreuses, cellules infectées par des virus, etc) pour y faire des trous, sorte de passage libre pour certaines enzymes destructrices, notamment des molécules appelées granzymes. Ce sont justement ces granzymes, qui une fois introduite au sein des cellules voyous vont, par l’entremise d’une série de processus cytoplasmiques et nucléaires, conduire au déclenchement de l’apoptose qui correspond à une forme de suicide cellulaire préétabli.

La perforine représente en quelque sorte une arme de destruction et de purification de notre organisme selon l’auteur principal de l’étude, le Professeur James Whisstock. Cette enzyme se retrouve en grande concentration dans certaines cellules de notre système immunitaire, cellules qui ont pour but justement d’assurer la défense de notre organisme.

Mais le plus extraordinaire dans ces résultats, c’est la conservation de la structure de cette perforine au cours des deux milliards d’années écoulées. En effet, la structure de la perforine humaine ressemble comme deux gouttes d’eau à celle retrouvée au sein d’organismes inférieurs tels que certaines bactéries (anthrax, streptocoques). Et en biologie, il est un axiome bien connu qui dit qu’au plus une structure reste inchangée au cours du temps, au plus la fonction assurée par la molécule en question doit être capitale pour la survie de l’organisme !

Les médecins pensent justement qu’un défaut de fonctionnement de la perforine pourrait être lié à l’émergence de certains cancers et notamment certaines formes de leucémie. D’autre part, on pense également qu’une altération de la perforine serait en partie responsable de l’émergence de maladies auto-immunes telles que le diabète ou certaines formes de rejet en cas de greffe d’organe. Quoi qu’il en soit, après ces premiers résultats, les chercheurs tentent désormais d’’amplifier l’action de la perforine afin d’obtenir une protection plus efficace vis-à-vis du cancer.

Docteur Erard de Hemricourt pour News Santé ©2010
Crédit photo : Mike Kuiper, VPAC