L’intelligence des bébés non modifiée par les huiles de poisson



« L’intelligence des bébés non modifiée par les huiles de poisson » par le Docteur Erard de Hemricourt. En médecine, les connaissances évoluent très souvent par étape, en fonction des études qui apportent leur lot de nouvelles informations. En voici une qui fera très certainement parler d’elle puisqu’elle invalide les premiers résultats positifs observés chez les nourrissons et jeunes enfants concernant l’impact de la prise d’oméga-3 et plus particulièrement du DHA par la future mère pendant sa grossesse.

En effet, selon un article publié cette semaine dans la revue de médecine américaine JAMA (Effect of DHA supplementation during pregnancy on maternal depression and neurodevelopment of young children. Maria Makrides et al. JAMA. 2010 ; 304(15) : 1675-1683), la prise de compléments de DHA (acide gras polyinsaturé à longue chaîne appartenant à la famille des oméga-3) par la future maman pendant sa grossesse n’apporte aucun bénéfice sur le développement cognitif du futur bébé ainsi que sur le risque de dépression du post-partum de la mère.

Cette étude est intéressante dans le sens où il s’agit d’une étude prospective, randomisée, réalisée en double aveugle sur un large panel de femmes enceintes (2 320 femmes). Cela signifie qu’il s’agit grosso modo d’une étude avec deux bras, l’un basé sur l’utilisation de DHA et l’autre sur l’utilisation d’une pilule placebo et qu’à aucun moment, ni la femme enceinte ni le médecin n’étaient au courant du contenu des pilules administrées afin d’éviter tout biais d’interprétation.

Cette étude a été menée de 2005 à 2008 dans plusieurs établissements médicaux en Australie. Après avoir clôturé l’étude et analysé l’ensemble des résultats, les chercheurs ont constaté qu’il n’y avait pas de différences statistiquement significatives entre les deux bras de l’étude par rapport au développement cognitif des nouveau-nés. De même, leurs aptitudes à long terme concernant l’apprentissage du langage n’étaient pas modifiées. En outre, les médecins ont étudié l’influence du DHA sur l’humeur des mères après accouchement et la survenue d’une éventuelle dépression du post-partum. Ici également, aucun avantage du DHA si ce n’est pour chez les femmes à haut risque.

Pour le Dr Emily Oken, professeur d’épidémiologie à l’école de médecine de l’université Harvard, ces résultats sont troublants car ils vont à l’encontre des premières études d’observation qui montraient un impact positif du DHA sur le développement cognitif du futur bébé. Pour d’autres spécialistes comme le Dr William Barth Jr, responsable du département de médecine fœtale du Massachusetts General Hospital (Harvard), ces nouveaux résultats ne sont pas du tout étonnants car ce serait trop facile de dire aux futures mères de prendre une petite pilule afin de rendre leur bébé plus intelligent.

Pour autant, cette étude soulève bon nombre de nouvelles questions. Peut-on par exemple réduire une alimentation riche en poisson gras (vivement recommandée aux femmes enceintes) à une simple pilule de DHA ? D’autre part, les poissons consommés apportent outre le DHA, d’autres éléments aussi importants pour le développement du futur cerveau comme le sélénium, la vitamine D ou l’iode. Une autre question soulevée par cet article concerne la période de suivi relativement courte des bébés et jeunes enfants. Ne faudrait-il pas mieux étendre cette période aux premières années scolaires pour voir si effectivement, il n’y aurait pas un impact plus tardif ?

Quoi qu’il en soit, dans l’attente d’autres études cliniques, le Dr Oken comme de nombreux autres spécialistes aux États-Unis, en Australie et probablement en Europe continueront de prescrire de la DHA aux futures mamans étant donné l’absence quasi totale du risque pour la santé

Docteur Erard de Hemricourt pour News Santé ©2010
Crédit Photo : National Cancer Institute – Len Rizzi – Wikimedia Commons