Tabagisme : question d’éducation ?



« Tabagisme : question d’éducation ? » par le Docteur Erard de Hemricourt. Selon les dernières statistiques de l’INPES (Institut de prévention et d’éducation pour la santé) en France, la consommation de tabac est en augmentation nette sur la période 2005-2010. Ces chiffres ont été confirmés par la Ministre de la Santé, Madame Roselyne Bachelot qui a rajouté que, non seulement, l’augmentation était plus marquée au sein de la population féminine mais qu’elle l’était encore plus chez les chômeurs.

D’après l’INPES, il y aurait donc un effet générationnel associé à un effet éducationnel, lui-même amplifié par la crise actuelle d’après Mme Bachelot. En décortiquant les chiffres, on apprend que ce sont surtout les femmes nées entre 1945 et 1965 qui sont le plus touchées par cette augmentation du tabagisme (23 % à 25,7 % en 5 ans) de même que les chômeurs (quasi-une personne sur deux en 2010) et les travailleurs sans diplôme ou avec diplôme de niveau inférieur au bac ou équivalent. Par contre, on observe l’effet inverse chez ceux et celles ayant un diplôme de niveau supérieur au bac. En outre, on apprend que l’augmentation du tabagisme a été particulièrement marquée chez les agriculteurs (de 11,6 % à 19,0 %).

Que faut-il en penser ? Y a-t-il eu un effet amplificateur de la crise actuelle sur nos habitudes et en particulier sur le tabagisme ? D’après la Ministre de la Santé, la réponse est nettement oui. La crise économique et le stress associé ont certainement servi d’amplificateur des mauvaises habitudes. Mais cela n’explique pas tout. Même si la consommation de tabac est, d’après une étude de Patrick Peretti-Watel et Jean Constance, liée au besoin de combler le vide d’une existence sans travail et sans ressources, cela n’explique pas pourquoi, au sein des autres pays de l’Union Européenne qui sont également en crise comme en France, on observe l’effet inverse avec une tendance à la baisse comme l’affirme le Professeur Dautzenberg, président de l’Office français de prévention du tabagisme.

Plusieurs pistes existent pour tenter de réduire le tabagisme qui doit être considéré par tout un chacun comme une réelle maladie face à une drogue dure et tenace qu’est la nicotine : interdire purement et simplement la cigarette dans les lieux publics (y compris les parcs et les plages comme l’a fait tout récemment la ville de New York), augmenter très nettement le prix du paquet de cigarettes, offrir la gratuité totale des moyens de sevrage nicotinique à la place du forfait de 50 euros pris en charge actuellement …

Il est intéressant de mentionner le cas de l’Espagne qui vient de valider la première étape d’une loi anti-tabac fortement restrictive puisque si celle-ci est acceptée par le sénat, elle interdira à partir de janvier 2011 toute consommation de tabac dans les lieux publics y compris bars et discothèques ainsi que parcs pour enfants et enceintes hospitalières (où l’on voit encore trop de patients en chaises roulantes ou en béquilles griller leurs cigarettes devant les portes de sortie).

D’autre part, la perception du problème ne se fait plus uniquement à l’échelon des pays mais devient un problème sociétal d’envergure européen puisque le commissaire européen à la Santé, John Dalli, s’est fixé à l’horizon 2030 une « Europe sans fumée » par le durcissement sévère des lois anti-tabac. Il espère y arriver en jouant sur plusieurs points : interdiction de présentation des paquets de cigarettes dans les magasins et supermarchés, réduction du taux de nicotine par cigarette, utilisation de photos les plus dégoûtantes afin de décourager les jeunes non encore pris dans l’engrenage de la cigarette, etc.

Lorsque l’on connaît les dégâts que provoque le tabagisme au sein de la population européenne (650.000 décès par an), lorsque l’on perçoit l’importance des années de vie perdue face à la maladie (première cause de mortalité par cancer) et lorsque l’on calcule les coûts de santé faramineux liés à la prise en charge de toutes les complications associées au tabagisme (50% des fumeurs mourront du tabac), il est plus que temps de réagir face à cette menace qui, telle une épée de Damoclès, plane sur nos têtes au risque de couler les différents systèmes de santé de par le monde.

Docteur Erard de Hemricourt pour News Santé ©2010