Les antidépresseurs poussent-ils au crime ?



« Les antidépresseurs poussent-ils au crime ? » par le Docteur Erard de Hemricourt. Si vous avez eu l’occasion de feuilleter le dernier numéro du magazine de septembre de ‘Sciences et Avenir’, vous serez probablement tombé sur un article intéressant concernant l’influence possible mais non encore prouvée de certains antidépresseurs dans plusieurs crimes particulièrement violents de par le monde.

Il semble, d’après les informations, que des traces d’antidépresseurs soient (trop) fréquemment retrouvées dans le sang de certains individus traités pour dépression, qui présentent un comportement ultra-violent criminogène. C’est surtout le cas pour certains types d’antidépresseurs appartenant à la famille des ISRS (inhibiteurs de la recapture de sérotonine).

Outre l’efficacité faible voire nulle de bon nombre d’antidépresseurs dans la plupart des formes légères ou modérées de dépression, par ailleurs déjà évoquée dans un précèdent article (“Inefficacité des antidépresseurs dans la majorité des cas de dépression” – 10/01/2010), l’utilisation de cette classe d’agents pourrait également être nuisible chez certains individus (jeunes ou adultes). Il est par ailleurs assez surprenant de constater que certains des effets néfastes des antidépresseurs (particulièrement chez les jeunes individus) qui étaient déjà connus dès le départ aient été soigneusement cachés au public et aux experts par les firmes pharmaceutiques : pour ne citer qu’un exemple, aux États-Unis, la compagnie Forest Labs fabriquant le citalopram – antidépresseur de la famille des ISRS -, qui avait été condamnée par la justice américaine pour avoir entre autre illégalement encouragé la vente du médicament chez les enfants vient d’accepter de payer la modique somme de 313 millions de dollars pour stopper toute poursuite supplémentaire sur le plan civil et pénal !

De plus, il est de notoriété publique que les grands groupes pharmaceutiques qui sponsorisent des études médicales avant la mise sur le marché de leur produit ne publient pas les résultats trop négatifs ce qui revient à masquer environ 30 % de l’ensemble des études cliniques. Seules les études aux résultats positifs et favorables sont publiées dans la littérature médicale. Littérature médicale biaisée sur laquelle se basent les experts et divers spécialistes pour émettre par la suite leurs recommandations du bon usage du médicament.

Un des mécanismes évoqués pour expliquer l’action criminogène de certains antidépresseurs est justement le bouleversement chimique survenant dans le cerveau sous l’action du médicament. On observe localement une augmentation importante du taux de sérotonine avec un dérèglement du rapport sérotonine/dopamine. La sérotonine possède plusieurs actions dans le cerveau dont celle de réguler l’appétit, l’impulsivité ou l’agressivité. Par ailleurs, certains antidépresseurs ont été impliqués dans la survenue d’effets secondaires particuliers associant des mouvements incontrôlables fort déplaisant pour le patient appelés akathisie.

L’akathisie est un trouble du comportement moteur comprenant donc des mouvements incontrôlables des membres et du corps et une agitation extrême qui peuvent accroître le sentiment d’anxiété et de mal-être et favoriser certains comportements destructeurs violents voire suicidaires. Cet effet secondaire se voit essentiellement après la prise de neuroleptiques et occasionnellement de certains antidépresseurs de la famille des ISRS.

Or entre la prise d’antidépresseurs aux nombreux effets secondaires et l’émergence de comportements violents, il n’y a qu’un pas qui peut rapidement être franchi. Il est donc conseillé d’utiliser tout antidépresseur en toute connaissance de cause et le plus souvent avec parcimonie non seulement eu égard aux effets secondaires possibles potentiellement nuisibles mais également en sachant qu’ils n’offrent qu’une efficacité minime voire nulle dans la plupart des formes de dépression.

Docteur Erard de Hemricourt pour News Santé ©2010