Diabète de type I et injections répétées d’insuline : une histoire bientôt révolue



« Diabète de type I et injections répétées d’insuline : une histoire bientôt révolue » par le Docteur Erard de Hemricourt. Lorsqu’on évoque le diabète, on parle essentiellement du diabète de type II qui est une maladie de l’âge adulte résultant principalement des aléas liés à notre mode de vie moderne associant entre autres sédentarité et mauvaise nutrition. Cependant, dans la pathologie diabétique, il faut distinguer grosso modo deux formes différentes au mécanisme causal bien spécifique, l’une touchant plus fréquemment les enfants et adolescents, le diabète de type I et l’autre affectant plus généralement la population adulte, le diabète de type II.

Le type I, aussi appelé diabète juvénile ou diabète insulino-dépendant, est une affection immune ou plutôt auto-immune chronique qui se manifeste par la destruction pure et simple des cellules qui produisent l’insuline dans le pancréas. Il n’existe, à l’heure actuelle, aucune explication parfaite sur l’origine exacte de cette maladie. Plusieurs éléments ont été mis en cause mais ceux-ci ne font pas tous l’unanimité parmi les spécialistes (allergie à certains aliments, réactions immunologiques croisées lors d’infection virale, prédisposition génétique, …). Par ailleurs, les généticiens sont les premiers à parler de diabètes au pluriel pour cette forme, persuadés qu’il existe plusieurs formes différentes de cette affection. Avec la destruction complète des cellules pancréatiques spécialisées dans la production d’insuline, le patient n’a pas d’autre choix que de recourir à des injections répétées d’insuline exogène, plusieurs fois par jour. Ces injections répétées, associées à un contrôle strict de la glycémie ainsi qu’une alimentation bien équilibrée, vont permettre d’assurer un profil glycémique normal et stable et d’éviter au maximum les hypo- ou hyperglycémies ainsi que la survenue à long terme de complications redoutables que sont la rétinopathie diabétique et l’insuffisance rénale. Le diabète de type II aussi appelé diabète gras est, quant à lui, une forme beaucoup plus répandue de diabète chez les personnes adultes et surtout celles qui présentent un excès de poids. Cette forme résulte plutôt d’une mauvaise utilisation de l’insuline qui, au départ, est correctement délivrée dans l’organisme par les cellules endocrines du pancréas.

Lorsqu’on interroge les patients souffrant de diabète de type I, surtout les enfants et les adolescents, leur principal reproche face à leur maladie est la difficulté de concilier traitement et vie normale. Ces patients souffrent des contraintes imposées par le contrôle répété de la glycémie et la nécessité de s’injecter plusieurs fois par jour des doses adaptées d’insuline. Devant l’inconfort, la difficulté et parfois le refus de certains malades diabétiques à se prendre en charge correctement, les médecins se sont demandés s’ils ne pourraient pas, d’une manière ou d’une autre offrir une alternative aux patients en remplaçant les injections d’insuline par un processus plus automatisé, indépendant du patient et reproduisant d’une certaine façon le fonctionnement endocrine du pancréas. Afin de parvenir à leur but, les chercheurs ont envisagé trois voies d’action différentes : tout d’abord l’approche purement technique, ensuite la bio-ingénierie ou thérapie cellulaire et finalement la thérapie génique.

Depuis quelques années, des compagnies pharmaceutiques (Medtronic, Animas, Roche, …) ont élaboré des systèmes techniques ingénieux permettant de mesurer la glycémie en continu au moyen de capteurs placés sous la peau et reliés soit par un fil soit par un signal sans fil à un boîtier principal sur lequel les valeurs de la glycémie peuvent être consultées à tout moment. Cette première étape a ensuite été suivie chez certains fabricants par l’adjonction d’une pompe à insuline permettant une perfusion sous-cutanée d’insuline ‘à la demande’. Dernièrement, la compagnie Medtronic a développé un nouvel appareil, le MiniMed Paradigm Veo® qui possède une fonctionnalité supplémentaire : non seulement ce nouvel appareil (commercialisé à partir de cette semaine en Europe) peut émettre une alarme sonore dès que la glycémie s’abaisse dangereusement, en dessous d’un seuil prédéterminé, mais en plus, en l’absence d’intervention humaine par exemple pendant la nuit durant le sommeil du patient, l’appareil va lui-même bloquer l’administration d’insuline si le risque d’hypoglycémie continue à se maintenir.

Mais le but ultime, le Saint Graal de tous les fabricants, est l’élaboration d’un système à circuit fermé complet que l’on appelle dans le jargon médical ‘pancréas artificiel’. Il s’agit ni plus ni moins de recréer au moyen d’un dispositif externe voire internalisé un système de contrôle de la glycémie avec administration automatique d’insuline, sans aucune intervention humaine ! Que ce soit en France avec l’équipe du Professeur Eric Renard ou aux Etats-Unis avec l’équipe du Dr Weinzimer, les études sont en cours pour tester ce dispositif. Et d’après les dernières rumeurs, ce fameux pancréas artificiel pourrait bien devenir réalité d’ici 5 à 10 ans, reléguant le diabète de type I et ses injections répétées souvent douloureuses aux oubliettes des maladies révolues.

Le second axe exploré par les chercheurs est celui de la bio-ingénierie. Grâce aux progrès de la thérapie cellulaire, depuis une dizaine d’années, les médecins sont parvenus à injecter directement dans l’organisme des cellules pancréatiques spécialisées dans la production d’insuline. Ces cellules, aussi appelées cellules b, proviennent de personnes décédées et sont obtenues grâce au don d’organes. L’obtention de ces cellules nécessite des techniques élaborées de purification tissulaire et cellulaire afin de séparer les cellules qui devront être administrées. Ces cellules seront ensuite injectées directement dans une veine de l’organisme. Le but est de recréer une production normale d’insuline par des cellules pancréatiques directement implantées dans l’organisme du patient. Les premiers essais thérapeutiques ont été réalisés il y a 10 ans par l’équipe d’Edmonton avec un taux de réussite au départ de 100%. Un des experts français de cette technique est le Professeur Pattou qui dirige le Laboratoire de Thérapie Cellulaire du Diabète U859 situé à Lille. Les premiers résultats publiés par son équipe sont assez enthousiasmants dans le sens où le suivi de patients ayant bénéficié de cette technique de thérapie cellulaire montre que plus de la moitié des patients n’ont plus besoin du tout de recourir aux injections d’insuline, 7 ans après les premières implantations de cellules exogènes. Le seul inconvénient majeur de cette thérapeutique est le problème du rejet d’organe. L’organisme ne reconnaissant pas les cellules pancréatiques administrées aux patients a tendance à les rejeter et à les détruire ce qui oblige le patient à prendre à vie un traitement immuno-suppresseur.

Le troisième et dernier axe évoqué ci-dessus est celui de la thérapie génique. Cette approche n’en n’est encore qu’à ses balbutiements mais reste empreint de promesses et d’espoir à moyen et long terme. Plusieurs équipes de par le monde s’essaient soit à introduire dans l’organisme le gène de l’insuline grâce à un virus inactivé soit à réactiver directement le gène de l’insuline dans des cellules au départ non programmées pour cela. En effet, chaque cellule du corps humain possède en son noyau le même contenu en ADN et donc le même stock d’information génétique que les autres cellules. En fonction du type cellulaire rencontré, certains gènes seront actifs et fonctionnels et d’autres seront inactifs ou endormis. L’exploit des chercheurs est ici de réactiver et de réveiller le gène spécifique codant pour l’insuline dans certaines cellules de l’organisme pour que la production d’insuline reparte comme elle le faisait avant l’apparition du diabète.

Un commentaire

  • C’est super encourageant ce que je viens de lire!!!!!
    Ca redonne de l’espoir a ceux qui n’en n’avait plus!!
    Merci

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