Imagerie médicale : où s’arrêtera la technologie ?



« Imagerie médicale : où s’arrêtera la technologie ? » par le Docteur Erard de Hemricourt . Imaginez : un congrès médical réunissant plus de 55.000 participants venants des quatre coins du monde, réunis dans un palais des congrès dépassant les 42.000 mètres carrés de superficie (autant que sept terrains de football) avec plus de 700 exhibitions techniques et 1700 exposés scientifiques. Vous aurez alors une vague idée de ce qui vient de se passer il y a deux semaines lors du congrès annuel de radiologie américaine à Chicago.

A l’occasion de ce congrès, de nombreuses nouveautés sur le plan technologique ont été pour la première fois étalées aux yeux du public. Ce sont justement ces innovations technologiques qui marqueront en partie les progrès de la médecine de demain. A l’occasion de ce congrès, il m’a paru intéressant de revenir sur certaines techniques d’imagerie médicale parfois peu connues du grand public.

Commençons par la bonne vieille radiographie. Que de chemin parcouru depuis la découverte des rayons X par Röntgen en décembre 1895. D’analogique, la radiographie est devenue digitale, numérique. Rares sont les radiologues qui analysent encore leurs images RX sur des films. L’écran d’ordinateur avec la numérisation des données a remplacé les anciennes habitudes. Comme pour le son, l’image ou la vidéo, la révolution informatique est passée par là et désormais, tous les résultats radiographiques sont disponibles sous forme de CD et seront plus tard stockés sur des sites internets ad hoc, prêts à être consultés d’un simple clic de souris par le médecin traitant. Les avantages de la digitalisation des images radiographiques sont multiples : citons entre autres l’élimination des films photographiques et des produits révélateurs toxiques pour l’environnement, une facilité d’accès aux résultats pour les différents intervenants médicaux du patient, la réduction du risque de perdre des clichés RX puisque les images pourront dans le futur proche être consultables sur des sites internets sécurisés et finalement une meilleure analyse des images grâce à une résolution et un taux de contraste accrus.

Imagerie-1

Récemment, à l’occasion du congrès de radiologie, la compagnie Siemens a annoncé l’implémentation de la technologie Nvidia dans ses échographes de dernière génération et d’après les résultats exposés sur le stand du congrès, les résultats semblent être tout simplement bluffants ! On connaissait déjà les classiques images 2D des appareils à ultra-sons. Avec l’apparition des premières images échographiques tridimensionnelles, il y a de cela quelques années seulement, la radiologie franchissait un pas important. Désormais, il faudra compter avec la technologie Nvidia Vision 3D, la même que celle déjà utilisée dans certaines consoles de jeu et qui, par le truchement de lunettes stéréoscopiques spéciales, permet de pleinement bénéficier de la technologie 3D. Evidemment ce n’est qu’un premier pas mais il est révélateur : l’interconnexion du monde du jeu vidéo avec celui de la médecine. Ou, comment utiliser toute la puissance numérique des consoles de jeu au service du diagnostic clinique.

Imagerie-2

Le secteur des appareils de CT-scan n’est quant à lui pas non plus en reste. On assiste depuis une dizaine d’années à un emballement technologique assez remarquable dans ce domaine. Les toutes dernières machines sont capables de scanner le corps humain en moins de 10 secondes. Oui, la totalité du corps en moins de 10 secondes ! Et cela, avec une résolution pouvant atteindre le dixième de millimètre. Les scanners les plus récents permettent également de réaliser très facilement des endoscopies virtuelles comme celle du côlon (côlonoscopie virtuelle) ou des bronches (bronchoscopie virtuelle) et permettent même l’étude directe des toutes petites artères coronaires (coroscan – coronarographie virtuelle). D’ailleurs de nombreuses études récentes montrent une certaine supériorité des techniques radiologiques non invasives par rapport aux méthodes d’endoscopie classique.

Imagerie-3

Et comment ne pas parler de l’imagerie par résonance magnétique nucléaire ou IRM. Malgré le mot nucléaire, cette technique d’imagerie, à l’inverse du CT-scan, n’est pas irradiante et n’utilise donc pas de rayons X mais un champ électromagnétique puissant qui va permettre à la machine, en récupérant un signal spécifique qui sera par la suite amplifié, de créer des images de haute définition. Dans ce secteur aussi, nous assistons depuis quelques années à une montée en puissance des machines qui, non seulement permettent d’atteindre une qualité d’image époustouflante grâce à leur champ magnétique de plus en plus élevé (supérieur à 3 Tesla), mais en plus autorisent de nouvelles applications comme par exemple l’imagerie fonctionnelle. Cette imagerie permet d’étudier quasiment en direct le fonctionnement d’un organe ou d’un tissu ce qui rend possible par exemple, l’étude de certaines tumeurs sous l’action d’agents chimiothérapiques spécifiques. Une application très récente de l’IRM et encore quasi inconnue du grand public concerne, pour l’instant, le domaine de la neurologie et de la neurochirurgie : il s’agit de l’imagerie par IRM de diffusion. Sans trop rentrer dans les détails, cette technique complexe permet de mettre en évidence la diffusion moléculaire caractérisée par les mouvements microscopiques et aléatoires des molécules d’eau dans un tissu. La principale application clinique actuellement en est l’imagerie de la substance blanche du cerveau et les différents tractus nerveux au sein de l’encéphale. Cette méthode d’imagerie permet également la visualisation des phénomènes ischémiques aigus du cerveau et pourrait aussi être utilisée dans le futur proche, dans certains domaines de la cancérologie.

Imagerie-4

Avant de terminer, il faut mentionner deux techniques d’imagerie bien particulières qui sont du ressort de la médecine nucléaire : la scintigraphie et le TEP-scan. La médecine nucléaire, est une spécialité médicale relativement peu connue du grand public qui a pour principal but l’étude du fonctionnement et du métabolisme de certains tissus ou organes à l’inverse de l’imagerie radiologique qui étudie la structure des tissus. C’est pour cette raison qu’on parlera plutôt d’imagerie structurelle pour la radiologie et d’imagerie fonctionnelle pour la médecine nucléaire.

La scintigraphie est un procédé d’imagerie qui utilise des substances radioactives (soit isolées soit couplées à d’autres molécules spécifiques de l’organe étudié) qui vont émettre un rayonnement gamma qui sera récupéré par un outillage bien spécifique : la gamma-caméra. Cet examen n’est pas spécifique d’un tissu, d’un organe ou d’une pathologie. Une scintigraphie pourra être demandée par exemple dans le suivi de certaines pathologies cancéreuses, l’examen de troubles thyroïdiens divers ou bien dans l’évaluation des douleurs thoraciques chez un patient présentant des facteurs de risque cardiovasculaire. C’est le traceur radioactif qui fait la spécificité de l’examen. Tout récemment, une nouvelle génération de gamma-caméras est apparue sur le marché proposant des détecteurs équipés de puissants semi-conducteurs. Avantage de ces nouvelles machines ? Outre l’amélioration significative de la qualité des images scintigraphiques, ces nouveaux détecteurs vont permettre de raccourcir de manière importante la durée des examens assurant de ce fait un confort supplémentaire pour le patient.

Imagerie-5-6

La technique du TEP-scan (PET-scan pour les anglophones) est un examen d’imagerie qui commence à prendre une place de plus en plus importante dans le diagnostic et le suivi de certaines pathologies cancéreuses. Cet examen est assez unique dans le sens où le traceur utilisé est une forme de glucose modifié contenant un élément radioactif émettant une particule d’anti-matière appelé positon. Le positon est grosso modo l’image en miroir de l’électron, une sorte d’anti-électron donc. Pour ceux qui se souviennent de leur cours de physique, nous sommes tous composés de matière. En fait, tout l’univers est fait de matière. Aucune trace d’anti-matière. Et cela pour une bonne raison : matière et anti-matière ne font jamais bon ménage longtemps. Lorsque le positon rencontre un électron, il se produit une destruction ou annihilation des deux particules qui, selon la célèbre formule d’Einstein, aboutit à la formation d’un rayonnement gamma puissant. Ce rayonnement sera ensuite capté par les détecteurs du TEP-scan et produira en fin de compte une image précise. Grâce à cette technique de haute précision couplée à l’utilisation de glucose radioactif, le médecin nucléaire pourra évaluer directement l’efficacité de certains agents anti-tumoraux et cela, même avant la fin du traitement. Il aura également la possibilité de rechercher d’éventuelles récidives tumorales restées invisibles aux autres techniques d’imagerie.

Imagerie-7-8

2 commentaires

  • SUPER ARTICLE !!!!!!!!!!!!!

  • Parfaite description de la realité de l’imagerie medicale deja actuelle ! Je n’aimais pas trop l’informatique et je suis conquis par ses performances : nous jouons effictivement comme sur des jeux videos avec consoles et archivage (externalisé ) dansla finalité diagnotique medicale qui devient « materiel et procedure dependante »
    rassurer vous : ecouter 5 minutes le patient reste encore la meilleure façon de definir l’algorythme diagnostique adapté au » probleme posé « et la , l’experience du medecin et le dialogue etabli resteront les garants de la vraie medecine : recherche et empirisme tranmis par les maitres avant google ! Il convient donc de rester toujours « clinique » avant de depenser l’argent publique car  » le possible » n’est pas de facto necessaire sinon c’est l’explosion des depenses inutiles : il faudrait vraiment que la radiologie et l’imagerie medicale liberale respectent les indications ou les refute deontologiquement comme on le fait à l’hopital si le chef du service vous l’enseigne !
    moralité : la seduction des images ne doit pas faire oublier les fondamentaux .

Laisser un commentaire