Le BPA nocif pour l’intestin ?



bibebonBPALe BPA ou Bisphenol A est une nouvelle fois pointé du doigt. Depuis plusieurs mois déjà la polémique fait rage à propos de cette substance chimique que l’on trouve dans la plupart des plastiques qu’ils soient alimentaires ou pas. Les très jeunes enfants étant plus vulnérables, le débat s’est surtout focalisé autour des biberons en polycarbonate. Certains pays ont interdit les biberons contenant du BPA tandis qu’en France l’Afssa a été priée de revoir sa copie. Dans l’attente de nouvelles conclusions, certaines municipalités ont préféré appliquer le principe de précaution en retirant tous les biberons au BPA de leurs crèches.

Selon le Réseau Environnement Santé le Bisphenol A agit comme un perturbateur endocrinien et est impliqué dans des affections aussi variées que les problèmes de reproduction, l’obésité, les cancers du sein et de la prostate, le diabète, les dysfonctionnements thyroïdiens et les problèmes d’attention chez les enfants. L’exposition en bas âge peut aussi augmenter une prédisposition aux cancers en affectant la programmation génétique du développement des individus.

Mais aujourd’hui des chercheurs du laboratoire « Neurogastroentérologie » de l’Inra de Toulouse se sont livrés à une toute autre approche montrant que l’exposition au Bisphénol A pouvait aussi avoir des conséquences sur la fonction intestinale. Pourquoi s’intéresser à l’intestin ? Et bien tout simplement parce qu’il est premier organe au contact des contaminants ingérés.

Pour cela ils ont procédé à des expériences « sur des rates, après ablation des ovaires produisant des œstrogènes naturels ». Les chercheurs ont ainsi démontré « l’effet du BPA dès une dose dix fois inférieure à la dose journalière pourtant considérée comme très sécuritaire pour l’homme ».

Ils ont notamment constaté que:

  • que le BPA diminuait la perméabilité de l’épithélium intestinal, une voie d’échanges permettant la circulation d’eau et de sel minéraux (ou ions) nécessaire à l’équilibre de notre organisme.
  • que le BPA était capable d’activer des récepteurs aux oestrogènes présents dans ces cellules épithéliales. Il en résulte une augmentation de la synthèse des protéines de liaison et le rétrécissement de l’espace entre les cellules intestinales, limitant les échanges naturels au niveau de la paroi du tube digestif et pouvant favoriser la « rétention d’eau » dans le corps
  • que le BPA avait un impact sur la réponse inflammatoire dans le côlon et rendait l’intestin plus sensible à la douleur
  • qu’une exposition in utero et pendant l’allaitement au BPA augmentait le risque de développer une inflammation intestinale sévère à l’âge adulte chez les rats nouveaux-nés.
  • Ces résultats illustrent la très grande sensibilité de l’intestin au Bisphénol A et ouvrent de nouvelles voies de recherches sur la caractérisation et l’évaluation des effets des perturbateurs endocriniens d’origine alimentaire sur l’homme.

    A propos du BPA, il faut savoir qu’il est largement utilisé dans la fabrication industrielle des récipients en plastique de types polycarbonate. Certains biberons donc comme évoqué çi-dessus mais pas seulement. On le retrouve aussi dans les résines des revêtements intérieurs de boîtes de conserve pour aliments ou canettes de boissons. Le BPA est capable de s’extraire de ces plastiques et résines, spontanément à très faibles doses, et plus largement lorsque ces derniers sont chauffés.

    On le détecte dans les urines, le sang et le liquide amniotique d’une grande majorité de la population européenne. L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) et l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (AFSSA) ont à ce propos défini une dose journalière acceptable (« DJA ») de 0,05 milligramme/kg de poids corporel.

    L’ensemble de ces résultats est publié dans l’édition en ligne avancée de PNAS du 14-18 décembre 2009.

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