Les bienfaits méconnus de la vitamine D



vitamine-DLes bienfaits méconnus de la vitamine D par le Docteur Erard de Hemricourt. A l’occasion du congrès annuel de l’American Heart Association qui se déroule en ce moment en Floride, les congressistes ont pu découvrir les résultats intéressants d’une étude d’observation portant sur la carence en vitamine D et son association avec les maladies cardiovasculaires au sein d’une population générale. Cette étude conduite pendant plus d’un an auprès de 27.686 individus, sans antécédents cardiovasculaires particuliers, a clairement montré qu’un déficit sévère en vitamine D était lié à un excès de mortalité (+ 77 %) et à un risque accru de pathologies cardiovasculaires (+ 45%) et d’accidents vasculaires cérébraux (+ 78%).
La vitamine D est un composé liposoluble comprenant plusieurs formes chimiques différentes dont les deux principales sont la vitamine D2 (ergocalciférol d’origine végétale) et la vitamine D3 (cholecalciférol d’origine animale). La majeure partie de la vitamine D (environ 70 à 90%) présente dans l’organisme humain est produite directement dans la peau sous l’action des rayons solaires (rayons UVB). Pour devenir fonctionnelle, les différentes formes de vitamine D (endogène et exogène) doivent subir une série de réactions enzymatiques dans le foie et le rein pour donner finalement le composé final actif qui est la 1-25 (OH)2 D3 (aussi appelé calcitriol).

La vitamine D est principalement connue pour son action sur l’équilibre phospho-calcique en favorisant l’absorption intestinale du calcium et du phosphore ainsi que la réabsorption rénale du calcium urinaire. C’est pour cette raison que les médecins prescrivent classiquement un complément de vitamine D associé à du calcium dans la prise en charge de l’ostéoporose chez les femmes en post-ménopause.

Pourtant, la vitamine D possède d’autres fonctions tout aussi importantes et encore assez méconnues. Par son action au niveau de récepteurs situés au sein du noyau cellulaire, la 1-25 (OH)2 D3 va contrôler et réguler l’expression de plus de 200 gènes qui participent à l’homéostasie de l’organisme. Outre son action sur le métabolisme phospho-calcique, depuis maintenant une vingtaine d’années, de nombreuses études sur animaux et des suivis de populations ont clairement indiqué que la vitamine D sous sa forme active joue un rôle important dans le contrôle de l’inflammation, dans la régulation du système immunitaire, intervient dans la production de peptides antimicrobiens, stimule la différenciation des cellules immunitaires et des kératinocytes de la peau et possède une action certaine dans la différenciation cellulaire, la prolifération tumorale et l’apoptose (suicide programmée) de certaines cellules. L’étude américaine mentionnée ci-dessus et dévoilée dans le cadre du congrès de l’American Heart Association apporte quant à elle un élément supplémentaire à l’édifice en confirmant l’effet bénéfique de la vitamine D sur la prévention des maladies cardio-vasculaires.

Malgré la découverte de la vitamine D en 1922, il aura fallu attendre le début des années 1980 pour que deux chercheurs américains se posent des questions concernant le rôle de la vitamine D dans la survenue de certaines pathologies cancéreuses. En effet, à cette époque, les deux frères Garland se sont aperçus que la mortalité due au cancer du colon était moindre dans les villes du sud des Etats-Unis par rapport aux villes plus septentrionales. Ils ont émis une hypothèse, à l’époque assez révolutionnaire, précisant que cette différence de mortalité serait principalement due aux conditions d’ensoleillement au sein des divers groupes d’individus étudiés. A partir de cette hypothèse, une série d’investigations et d’études ont été menées, d’abord sur les animaux, puis sur les êtres humains (suivis de cohorte, études cliniques) qui ont, petit à petit, et dans une grande majorité des cas, confirmé que le principal coupable était bien la carence en vitamine D, carence due à un déficit d’ensoleillement principalement rencontré pendant les mois d’hiver (octobre-mars) dans les régions du nord. Il est désormais avéré qu’au-delà d’une certaine latitude (pour l’hémisphère nord, il s’agit environ du 52e parallèle), il n’y a tout simplement pas assez de rayonnement ultra-violet de type B (UVB), en raison de la position du soleil dans le ciel et de la couche d’ozone filtrante, pour déclencher la production cutanée de vitamine D. Et il est illusoire d’aller courir dans les centres de bronzage puisqu’en France, une réglementation stricte impose un maximum de 1,5% d’émission d’UVB par lampe. Les rayons émis par les lampes de bronzage sont principalement des UVA qui n’ont aucun effet sur la fabrication par l’organisme de vitamine D.

Ces dernières années, des chercheurs et des médecins se sont penchés sur la problématique du cancer chez l’homme et ont remarqué que la vitamine D possédait un rôle anticarcinogène spécifique. En effet, plusieurs études expérimentales réalisées sur des cultures cellulaires et sur des animaux ont confirmé que la vitamine D influence de manière importante le micro-environnement tumoral en régulant la prolifération des cellules malignes ainsi que leur différenciation, en jugulant l’apparition des métastases, en limitant l’angiogénèse tumorale (fabrication de néo-vaisseaux) et en favorisant l’apoptose (suicide cellulaire programmé). Les premiers résultats publiés dans les années 1990 montraient qu’une carence en vitamine D était un facteur de risque significatif de mortalité par cancer et qu’une supplémentation en vitamine D entraînait une survie améliorée pour certains types de cancer comme le cancer du sein, du colon et du poumon. A l’heure actuelle, de nombreuses études cliniques sont en cours et ont pour but d’étudier si la prise de vitamine D, concomitante à l’administration d’agents chimiothérapeutiques, permet effectivement d’améliorer la survie des patients cancéreux.

Outre le domaine de la cancérologie et de la cardiologie, depuis quelques années, certains scientifiques ont émis l’idée, qui semble se confirmer, que les épidémies de grippe saisonnière pourraient être liées en partie à une carence en vitamine D et donc à un défaut d’ensoleillement typiquement rencontré pendant les mois d’hiver. L’action anti-grippale de la vitamine D est complexe et résulterait en partie de la production locale de peptides anti-microbiens.

Les actions pléiotropes de la vitamine D sur l’organisme humain sont encore peu connues et pourtant, dès 1903 et ce, bien avant la découverte de la vitamine D, le comité Nobel reconnaissait l’efficacité de la photothérapie en octroyant le prix Nobel de Médecine au médecin Danois Niels Ryberg Finsen qui avait mené ses propres recherches sur l’action des rayons lumineux sur le traitement de diverses maladies dont le lupus tuberculeux.

Avant de commencer à prendre des suppléments de vitamine D, il est important d’effectuer un bilan sanguin et d’évaluer ainsi ses propres besoins en vitamine D. Les normes varient en fonction de chaque laboratoire mais il est généralement recommandé d’avoir un taux sanguin de vitamine D compris entre 35-40 ng/ml (ou 90-100 nmol/l). En deçà de ces valeurs, on parlera de carence légère, modérée ou sévère (par exemple si le taux est inférieur à 10 ng/ml). Une fois ces valeurs connues, et si carence il y a, il est recommandé de consommer des suppléments de vitamine D soit sous forme d’aliments (huile de foie de morue, produits laitiers) soit sous forme de suppléments en gouttes ou en ampoule buvable. L’administration de vitamine D est en général étalonnée en UI (unités internationales).

Il faut savoir que malgré ce que les diverses réclames et publicités soulignent, un verre de lait n’apporte que peu de vitamines D (100 UI). Les recommandations officielles de l’AFSSA (Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments) sont de 200 à 400 UI de vitamine D par jour pour les personnes adultes. Aux Etats-Unis, les recommandations varient de 400 à 800 en fonction de l’âge. Or tout récemment, un groupe d’experts internationaux a mis en doute la validité scientifique de ces recommandations en montrant que ces seuils n’étaient pas suffisants pour obtenir des taux sanguins adéquats de vitamine D. De plus, l’absorption de vitamine D est influencée par de nombreux paramètres comme la présence de troubles biliaires ou une éventuelle malabsorption des graisses. De même, les personnes souffrant de cancer du sein et traitées par un inhibiteur de l’aromatase doivent prendre une quantité supplémentaire de vitamine D pour obtenir une concentration significative de 1-25 (OH)2 D3 avec des conséquences positives sur leur système immunitaire, cardiovasculaire ou sur l’évolution de leur maladie cancéreuse. Ce groupe de scientifiques a donc recommandé une prise quotidienne beaucoup plus importante allant de 1000 à 5000 UI. Une ingestion quotidienne de 10.000 UI de vitamine D n’a, quant à elle, montré aucun risque pour la santé des individus.

Evidemment, chacun adaptera sa dose en fonction de son état de santé (prévention des maladies, période grippale, amélioration de son état immunitaire, action recherchée sur l’environnement tumoral), en fonction de son taux sanguin et en sachant que la vitamine D2 disponible en pharmacie est quatre fois moins efficace que la vitamine D3 pour augmenter le taux de 1-25 (OH)2 D3 dans l’organisme.

Docteur Erard de Hemricourt

Un commentaire

  • Article très intéressant.

    Je remarque qu’un peu partout dans le monde, l’apport en vitamine D se fait excessivement par la pharmacopée, alors que le rendement est faible par rapport aux doses ingérées.

    Au contraire, partout où il y a du soleil même en quantité relativement réduite, l’exposition de la peau nue ne coûte rien et fournit le rendement maximal en activation de vitamine D.
    Mais il faudrait en finir avec le conseil anti-scientifique partout diffusé selon lequel il suffirait d’exposer un peu les mains et le visage au soleil, pseudo conseil lourdement démenti par les statistiques y compris dans des pays très ensoleillés où les gens sont trop habillés pour des motifs religieux ou traditionnels.

    Il faudrait au contraire conseiller d’exposer – avec de grandes précautions – le maximum de peau nue au soleil.

    Voilà un autre sujet d’article.