Deux enfants atteints d’une maladie cérébrale mortelle sauvés



affiche-telethon2009Succès dans le traitement de l’adrénoleucodystrophie par greffe de cellules souches porteuses d’un nouveau vecteur de thérapie génique.

Deux enfants atteints d’une maladie cérébrale mortelle, l’adrénoleucodystrophie (ALD), ont été traités avec succès grâce à un nouveau vecteur de thérapie génique.

Plus de deux ans après le début du traitement, la progression de leur maladie a été arrêtée, et aucun effet secondaire n’a été observé jusqu’ici. Les résultats de cet essai clinique mené par des équipes de recherche françaises associant l’Inserm, l’Assistance Publique Hôpitaux de Paris et l’Université Paris-Descartes viennent d’être publiés dans la revue Science datée du 6 novembre 2009.

Cette première concrétise les espoirs placés dans l’utilisation de vecteurs de thérapie génique dérivés du virus VIH (lentivirus) pour une application thérapeutique chez l’homme.

L’ALD est une maladie génétique rare du groupe des leucodystrophies. Sa forme la plus grave et la plus fréquente entraîne une destruction de la myéline du cerveau et touche aussi bien des enfants que des adultes. Le traitement, initié en 1989 par Patrick Aubourg et Pierre Bougnères avec Claude Griscelli (hôpital Necker-Enfants Malades) repose sur l’allogreffe de moelle osseuse, mais reste limité par le manque de donneurs compatibles et le risque de complications graves.

La nouvelle approche consiste à greffer les propres cellules de moelle osseuse du patient après traitement par thérapie génique sans recourir à un donneur, évitant ainsi les complications de la greffe. Les cellules souches de la moelle osseuse sont prélevées, puis
corrigées par transfert d’une version fonctionnelle du gène déficient à l’aide d’un vecteur de thérapie génique dérivé du virus VIH modifié et inactivé. Les cellules ainsi corrigées sont réinjectées aux patients comme après une greffe classique ; elles vont gagner la moelle osseuse et certaines, par un mécanisme naturel, vont se diriger vers le cerveau du patient et y jouer leur rôle correcteur.

Cet essai thérapeutique est l’aboutissement d’une recherche menée par Nathalie Cartier, directrice de recherche à l’Inserm, et Patrick Aubourg, Professeur de Neurologie Pédiatrique à l’hôpital Saint-Vincent de Paul, Université Paris-Descartes depuis 16 ans. « Les deux patients traités vont bien : la progression de la maladie s’est arrêtée quelques mois après l’auto-greffe », explique Nathalie Cartier. Les patients ont été transférés du service d’Endocrinologie et Neurologie Pédiatrique de Pierre Bougnères et Patrick Aubourg à l’hôpital Saint-Vincent de Paul dans les services de Marina Cavazzana et Alain Fischer à l’hôpital Necker-Enfants Malades pour le traitement des cellules avec le vecteur de thérapie
génique et l’auto-greffe. L’essai clinique a été mené ensuite dans le service d’Endocrinologie et Neurologie Pédiatrique de l’Hôpital Saint-Vincent de Paul.

Une analyse innovante des événements génomiques dans les cellules corrigées a été réalisée par l’équipe de Christof Van Kalle (Deutsches Krebsforschungszentrum, Heidelberg, Allemagne). « Même s’il faut rester prudent, cette analyse montre que nous n’avons pas de
raison particulière de redouter un effet délétère lié à l’insertion du vecteur lentiviral dans le génome. » poursuit Nathalie Cartier. « C’est la première fois que l’on traite avec succès une maladie grave du cerveau par thérapie génique, ce qui donne un nouvel élan pour le traitement des maladies humaines par ce type d’approche» ajoute Patrick Aubourg.

Ces résultats illustrent le succès du transfert des connaissances de la recherche fondamentale vers la clinique. Ces recherches ont été réalisées grâce une collaboration exemplaire entre l’Inserm et l’Assistance Publique des Hôpitaux de Paris. Le projet a été constamment soutenu par ELA
(Association Européenne contre les Leucodystrophies), l’association des patients atteints de leucodystrophie, et l’AFM (Association Française contre les Myopathies, organisatrice du Téléthon).

Pour Guy Alba, président fondateur de l’association et parent d’un enfant atteint d’adrénoleucodystrophie (ALD) : « Grâce à l’action des enfants dans les écoles et à la mobilisation de nombreux donateurs et partenaires, Zinédine Zidane en tête, ELA est le premier financeur des recherches sur l’ALD faites au niveau national et international. Sans négliger d’autres voies de recherche, nous avons soutenu la thérapie génique de l’ALD et l’équipe du Pr Aubourg. Aujourd’hui nous sommes d’autant plus fiers du résultat que cette approche ouvre des perspectives de traitement pour d’autres maladies plus fréquentes. ELA va renforcer son effort financier pour faire bénéficier tous les malades de cette découverte, tout en continuant à accompagner les familles au quotidien, comme elle le fait depuis 17 ans. »

Pour Laurence Tiennot-Herment, Présidente de l’AFM : « Depuis plus de 20 ans, grâce aux dons du Téléthon, nous soutenons sans relâche les chercheurs, comme le Pr. Patrick Aubourg, qui mettent au point la médecine de demain. Après des premiers résultats dans la thérapie génique des déficits immunitaires, ce nouveau succès ouvre, nous en sommes convaincus, la décennie des résultats pour d’autres malades et d’autres maladies. La révolution médicale s’accélère. Elle est la preuve que, tous ensemble, nous pouvons être plus forts que tout ! »

Le développement de tels projets implique de nombreux acteurs. Pour chacune des étapes, de la fabrication du vecteur jusqu’à la validation de l’absence d’effets toxiques dans les cellules, tout un réseau de partenariats publics/privés a été ainsi tissé par Patrick Aubourg, nécessitant une gestion attentive de la propriété intellectuelle et des contrats de recherche partenariale. Cette coordination est assurée depuis trois ans par Cécile Tharaud et son équipe à Inserm Transfert, filiale de l’Inserm.

Les prochaines étapes pour Nathalie Cartier et Patrick Aubourg sont d’étendre l’essai en France et aux Etats-Unis.

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